Dès que la foreuse à tarière creuse ses premiers mètres sur un terrain calaisien, on sent tout de suite la complexité du sous-sol. Le bruit change, la pression sur la tête de rotation aussi. Ici, entre les bassins du port et le centre-ville reconstruit, on empile des siècles de remblais hétérogènes sur des alluvions flandriennes. Pour nos campagnes de reconnaissance, on déplace souvent une Mecanized Drive ou une Hutte à l’arrière d’un camion labo, prête à descendre à 25 ou 30 mètres sans trembler. La conception de fondations sur pieux exige de traverser ces couches de sable lâche et d’argile molle pour aller chercher le substratum crayeux du Crétacé, qui apparaît parfois à 18 mètres, parfois bien plus loin. On combine généralement cette approche avec des essais CPT pour caler la résistance de pointe en continu, ce qui évite bien des surprises à l’exécution.
À Calais, la craie n’est jamais un bloc homogène : elle alterne bancs compacts et passées altérées qui dictent le mode de forage.
Particularités du site
Sur un chantier de 6 étages rue Mollien, on a découvert en cours de forage une lentille tourbeuse de 3 mètres d’épaisseur, héritée d’un ancien marais drainé au XVIIIe. Aucune archive ne la mentionnait. Les pieux vissés initialement prévus n’avaient tout simplement pas de frottement latéral fiable dans cette couche, ce qui a obligé à rallonger les pieux de 6 mètres en urgence. Une conception de fondations sur pieux non anticipée sur ce type d’aléa coûte des semaines de planning et des aciers supplémentaires. À Calais, la juxtaposition de sables de dune, de vases portuaires et de craie fracturée crée des gradients de résistance brutaux. Sans un modèle géotechnique précis, on risque le poinçonnement sous un pieu mal ancré ou le tassement différentiel entre deux files. On ne lance jamais une exécution sans avoir systématiquement croisé les données de pénétromètre statique, de pressiomètre et de sondages carottés sur l’emprise exacte du projet.
Normes techniques en vigueur
NF P94-262 (2018) – Justification des fondations profondes (Eurocode 7), NF EN 1997-1 (2005) – Eurocode 7 : Calcul géotechnique – Partie 1, NF EN 1998-5 (2005) – Eurocode 8 : Calcul des structures pour leur résistance aux séismes – Fondations, NF EN 1536+A1 (2015) – Exécution des pieux forés, NF P94-113 – Essai de pénétration statique (CPT), XP P94-011 – Terminologie géotechnique
Questions courantes
Quelle est la profondeur minimale d’ancrage dans la craie à Calais ?
On recommande un ancrage minimal de 3 diamètres dans la craie saine, mais cela dépend du RQD mesuré sur carotte. Dans le Calaisis, on vise souvent 5 à 6 diamètres pour traverser les premiers bancs altérés et mobiliser un frottement axial fiable. Chaque site doit faire l’objet d’une campagne de reconnaissance spécifique.
Quel budget prévoir pour une étude de conception de fondations sur pieux ?
Pour une mission complète incluant les sondages in situ, les essais en laboratoire et la note de calcul, le budget se situe généralement entre €1.350 et €5.480. Le montant exact dépend du nombre de pieux, de la profondeur d’investigation et de la densité des essais prescrits par l’Eurocode 7.
Les pieux vissés sont-ils adaptés aux sols de Calais ?
Ils peuvent l’être dans les sables de couverture, mais on les déconseille dès que la craie est fracturée ou que des blocs de silex sont présents. Le risque de refus prématuré ou de déviation est réel. On privilégie souvent le pieu foré tubé avec curage à la benne, qui traverse les horizons à silex sans difficulté.
Comment prenez-vous en compte le risque de liquéfaction dans le port de Calais ?
On applique la méthode de Youd & Idriss (2001) à partir des données SPT et CPT pour évaluer le potentiel de liquéfaction des sables lâches saturés. Si le facteur de sécurité est inférieur à 1,25, on intègre une perte de frottement latéral sur la hauteur concernée dans le dimensionnement des pieux, conformément aux recommandations de l’AFPS.